« L’hystérique est un(e) esclave qui cherche un maitre sur qui régner »

Le titre est de Lacan : #jacquottoujourslebonmotpourselapéter

Qu’est-ce donc encore cette histoire de quelqu’un qui se prendrait au jeu inconscient d’être en position d’esclave pour ensuite essayer d’en sortir ? Et puis esclave de quoi, de qui ? Et de quel maître parle-ton ? Le but est-il d’accomplir ce règne ? Ou de rester en position d’esclave ?

On pourrait d’abord faire l’hypothèse qu’avant de chercher un maitre, l’hystérique est esclave de son corps. Un corps douleur, un corps en scène, un corps qui se montre et se plaint. Pulsionnalité débordante qui va rencontrer le désir de l’Autre, incarné par un maitre chargé de soulager ce corps qui crie en [suivant les époques et les rencontres] le brûlant (bon là je vous avoue que le jeu est de courte durée), le frappant, le contraignant, le soignant, le baisant etc etc.

Si on attribue l’hystérie à une pathologie du féminin c’est à mon sens parce que le corps des femmes fut longtemps – et l’est toujours – cette chose mystérieuse, inquiétante, tabou que l’homme tente de maîtriser tandis que la femme, à raison, se révolte, quand elle en a les moyens. Cependant de cette dialectique sociale nait aussi une dialectique inconsciente et il se pourrait que de ce fameux mystère corporel naisse une jouissance qui pourrait se traduire ainsi : « dis-moi toi qui es si malin de quel mal je souffre ». Je pense tout de suite au film l’Exorciste, durant lequel la situation empire à mesure que la maitrise augmente.

Et je pense également à la naissance de la psychanalyse, discipline qui prend sa source dans la tension hystérie-médecine de l’époque. Des femmes se présentent à l’hôpital avec un mal que les médecins ne parviennent pas à soigner, un corps qui joue une nouvelle partition, il y a certes des notes en commun, on repère une paralysie, des symptômes ici et là, mais la cause reste obscure et surtout les paralysies ne suivent pas le trajet physiologique, comme si cela répondait à une logique autre, mais laquelle ? On ne répondra pas à cette question ici. Ce qui m’intéresse avant tout c’est de montrer que ce concert se joue à plusieurs. Ce n’est pas le maitre d’un côté et l’hystérique de l’autre. C’est une sorte d’accord commun qui sonne un peu faux. C’est une cacophonie que le maitre tente de délayer avec son savoir, par exemple de médecin, ne voyant pas plus loin que le bout du nez de sa théorie, et que l’hystérique aussi inconscient(e) soit-il-elle s’amuse à embrouiller, tout en l’implorant de l’aider.

Sur la photo j’ai mis l’hystérique à la place du maitre, en position de femme-orchestre, c’est elle qui mène la danse dans une fausse indifférence, en en faisant trop, en jouant plusieurs partitions, elle pose son énigme à une armada de chefs d’orchestres se retrouvant malgré eux à la place des musiciens. Un peu relayé à une sorte de soumission, non pas à l’hystérique en tant que tel mais soumis au mystère posé, sans finalement prendre en compte qu’ils ont affaire à un humain qui joue sa petite musique inconsciente.

C’est Freud qui tentera un angle nouveau, en écoutant sa musique plutôt que d’essayer de la faire taire.

Et je l’en remercie.

 

Crédit photo : www.revetaphoto.com

12 commentaires

  1. Belle photo, beaucoup de sens mis dedans, de contre-sens également !
    C’est une question que je me posait sur l’hystérie, existe t elle pour l’homme ?
    Peut on « masculiniser » tous les concepts psychanalytiques et inversement, pour enfin parler d’un sujet qui est sexué (ment) et sexuellement définissable à une date t ? Mais là je m’emballe peut être un peu !
    Article super intéressant, comme toujours, à méditer (pour moi) ; merci ça valait le coup d’attendre. Bravo Manu

    1. ooh merci Philippe et oui en effet tu as raison sur cette interrogation du sexe de la névrose (même si j’ai fait exprès de mettre hystérique au féminin ou au masculin)
      Ce qu’il faut retenir à mon avis, c’est cette idée que c’est le féminin au sens de qui échappe, et que c’est une névrose dans un lien transférentiel important non pas à un homme réel mais à une idée de domination, et dans notre culture, cette domination est encore masculine

      1. oui je crois comprendre ce que tu dis, et suis d’accord avec toi et j’imagine bien que la psychanalyse a de beau jours devant elle. J’avais bien vu que tu mettais du masculin aussi pour l’hystérie, ce qui m’a vivement intéressé ! Autre chose, rien à voir, mais pendant que je te lisais je n’ai pu m’empêcher de penser à ce film : Oh My God! (Hysteria) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Oh_My_God!_(film) ; Je crois, sur l’histoire de la création/découverte du vibromasseur ! Je ne sais pas pourquoi, ou si car il y a un docteur qui « soigne » les femmes dites hystériques et il attrape une tendinite, … !

        Merci

    2. Critique émanant des analystes à l’égard de ceux qui parlent de l’hystérie essentiellement au féminin. « Hé, et que faites-vous de l’hystérie masculine ? ». La revendication du droit pour l’homme à l’égalité hystérique avec la femme ne traduit pas autre chose que le combat, éminemment opposé aux découvertes analytiques, le combat pour ´l’indifférence ´ des sexes’

  2. ‘L’Hystérique interroge sa castration en convoquant l’autre souvent obsessionnel qui lui a son tour,ayant horreur de sa castration tente d’assouvir cette jouissance ( sous forme de questions ouvertes )sans bornes de l’hysterique souvent jusqu’à épuisement . D’où le couplage masochisme sadisme . La jouissance féminine est plutôt hystérique parce que plus complexe et diverse .l’impossible du rapport sexuel offre à ces deux névroses un champs de rencontre privilégié . En fonction du rapport au phallus l’hysterique comme l’obsessionnel peuvent être homme ou femme

    1. Je note que seul le discours de l’hystérique est sorti de la psychopathologie ( pas celui de l’obsessionnel, ni celui du psychotique) pour entrer dans le tétragramme lacanien avec les discours du Maître, de l’Universitaire et de l’Analyste. On voit par là les liens multiples qui existent unissent l’hystérie, la psychanalyse, l’Inconscient.

  3. Pathologie du féminin est très discutable et contestable historiquement. Cf les études de freud sur l hystérie masculine, et les travaux de schaeffer ou Liliane fainsilber.

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