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Le schéma L de Lacan, rien que ça !

Voici la première image de la collaboration psychanalytico-photographique entre Reve ta photo et Mardi Noir. J’ai voulu, à ma manière, et avec l’aide esthétique du studio photo, représenter le schéma L, de Lacan. Le fameux schéma des premières années de séminaire, l’intersubjectivité selon son auteur et nous allons voir que ce n’est pas une mince affaire ! Cela dit, c’est par cette entrée que je suis tombée complètement sous le charme de la pensée lacanienne ! C’est un schéma qui n’apporte pas de réponse toute faite sur notre rapport au monde mais qui soulage à bien des égards et surtout qui ouvre à d’autres questions.

 

Je me suis permis d’ajouter des points théoriques de la pensée de Lacan qui chronologiquement arriveront plus tard, mais pourquoi s’en priver ?

Commençons par le Sujet, en haut à gauche du schéma. Représenté dans les premières années sans barre, il sera ensuite toujours écrit « $ », S barré, c’est le Sujet divisé. Pourquoi parler de division subjective ?

Premièrement si on se réfère à Freud et ses différentes topiques : Inconscient-Préconscient-Conscient puis Ça-Moi-Surmoi, on se rend compte que de définir le Sujet en le rapportant à différentes instances, c’est déjà montrer qu’il n’y a pas de totalité subjective, qu’il y a conflit au sein même du Sujet, il est donc divisé : dois-je manger ce gâteau au chocolat qui me ferait tant plaisir ou continuer mon régime pré-estival pour rentrer dans ce maillot de bain Sandro couleur sirène qui me tente tant ? Dilemme cornélien, on est d’accord.

Deuxièmement, le Sujet est divisé par le registre Symbolique (la culture, le langage), appelé le grand Autre (incarné en bas à droite de la photo). Le Sujet est fondé par l’Autre (d’où la flèche qui part de l’Autre vers le Sujet) et dans le même temps cette fondation signe sa division. C’est la partie aliénée du Sujet, pourtant fondamentale  pour advenir. La culture impose sa loi au Sujet qui s’y assujetti, les grands interdits étant l’inceste et le meurtre.

Pourquoi est-il divisé par le langage ? Le Sujet est sujet du signifiant (le signifiant étant l’image acoustique d’un mot, ça résonne… et non le concept, le signifié, qui… raisonne), et ce signifiant est lui même rattaché à un autre signifiant etc. Le signifiant n’est donc pas unique.
Par exemple : pendant mon enfance on m’appelait souvent « mon chat », ce « chat » est rattaché aux souvenirs des chats de la famille et de la charge affective attenante, je m’aliène donc à ce signifiant « chat ». Ce signifiant « chat » peut me renvoyer personnellement au chat que j’ai connu dans mon enfance, mais pour ma mère qui me donne ce nom, au départ « chat » lui renvoie à encore d’autres chats, que je n’ai pas connu. Il y a donc une multitude de chaînes signifiantes qui fondent le sujet. De plus en parlant de cela, je pense au chat de mon enfance et je repense à sa couleur, noire, ses yeux jaunes, les souvenirs autour de ces couleurs. La mort de ce chat quand j’ai douze ans me renvoie à des évènements qui s’y rattachent la même année etc. « Mon chat » n’est pas juste un concept (tout le monde sait ce qu’est un chat), c’est surtout tout un rappel de signifiants, la plupart d’entre eux étant refoulés au fin fond de mon inconscient.

Enfin, comme dit très justement un jour par un prof : quand on peut nommer, notamment souvent en premier « Maman » c’est un nom qu’on donne à la perte. Quand on parle, quelque chose se perd, et on a beau parler, on ne sait pas souvent bien ce qu’on raconte, ça parle, ça s’échappe, ça rend flou 🙂
L’objet perdu à ce moment est nommé par Lacan, « objet a » cause du désir. Ici représenté par la fleur à gaude du Sujet. Ce n’est pas tant un objet qu’on cherche, on dirait plutôt que sa perte fonde le désir, la recherche, et finalement plus on le cherche moins on le trouve et on continue de désirer.

 

Le schéma d’origine

 

Passons au grand Autre, lui aussi est barré ! Même si il n’est pas représenté comme tel sur le schéma d’origine, assez vite, Lacan parlera du grand Autre barré. C’est à dire que la culture, le langage, comme le Sujet, n’est pas totale. C’est pourquoi sur la photo, j’ai voulu représenter cet être drapeau qui perd son pantalon ! 😀 Pourquoi le langage est-il également barré ?

Et, bien de fait, si le langage n’est pas total, il se construit de signifiants en signifiants, de signifiés en signifiés. Pour le signifié, qui est le mot-concept, si je veux définir chat, je dois utiliser d’autres mots-concepts : mammifère, animal, poilu (etc) qui eux-mêmes sont définis avec encore d’autres mots etc.
De plus, ce grand Autre, n’est pas le président de la république, ni Dieu, ni la science mais nous pouvons par moment attribuer à ce genre de fonction cette qualification de grand Autre, comme finalement instance qui nous assujettit et nous castre. Dans la névrose, on va chercher à s’accommoder avec cette castration, on va se poser des questions, on va parler des heures de politique ou de religion etc, s’exalter, se déprimer. Si le président fait de la merde, on va se dire qu’il est con, qu’il fait n’importe quoi, qu’il pense à ses intérêts, m’enfin c’est souvent pour qu’il puisse lui-même se sauver les fesses quand ça chauffe.
Dans la psychose, et plus spécifiquement, dans la paranoïa, ce grand Autre n’est pas barré, il est tout puissant, on lui attribue des envies, des manipulations, il est incarné comme persécuteur, car il est le TOUT, il ne lui manque rien, donc ses actions sur les sujets sont forcément pour sa jouissance personnelle purement gratuite d’un monstre sans limite. On retrouve le père de la Horde de Totem et Tabou.
Si on en revient juste à la définition du grand Autre comme Langage, nous pourrions dire que le névrosé jouit du langage, utilise les mots pour tenter de résoudre bien maladroitement souvent sa question singulière. Dans la paranoïa, le Sujet est joui par le langage, les mots utilisent le Sujet, il se sent manipulé, ce qui le pousse à trouver une réponse logique, c’est souvent le délire.

Et enfin la diagonale imaginaire moi – petit autre souvent réduite ainsi : a – a’

C’est la diagonale du miroir, de l’expérience d’un moi du Sujet, en bas à gauche, vécu comme morcelé, notamment par le langage de l’Autre (d’où la flèche qui va de l’Autre vers le moi, sur le schéma). Par exemple, au tout petit, j’attrape son pied, et lui dis, c’est ton pied. Je lui parle, l’appelle de plusieurs signifiants, il y a découpe du Sujet. Bref ce Moi, qui ne s’est encore jamais reconnu dans l’image du miroir ou dans un petit autre qui lui ressemble (par exemple à la crèche, à l’école etc), se vit morcelé, et par les signifiants et par sa propre perception de lui-même, on ne se voit jamais tout seul comme unifié. Jusqu’au jour où le Moi du Sujet se voit dans ce petit autre et s’identifie de suite à cette image. Pourquoi la flèche sur le schéma, va du petit autre au Moi ? Parce qu’encore une fois, c’est par l’image que le Moi s’unifie, cette unification est extérieure. C’est un leurre, souvent à renouveler. Voir le plaisir du selfie, de se mater dans la glace, de regarder les autres dans le train etc. Si ce leurre est barré par la diagonale symbolique, comme sur le schéma, c’est un leurre qui peut avoir ses limites. Je me regarde dans le miroir, je m’enivre de mon image, puis j’en sors, je me dis « oh bizarre, agréable, désagréable, etc ». Si je n’ai pas la possibilité de limiter cette expérience, c’est encore là que la paranoïa peut advenir. L’image me parle personnellement à Moi.

 

J’espère vous avoir apporter quelques billes pour capter ce schéma de la mort hyper complexe ! Le petit livre de Alain Vanier Lacan m’a super bien aidée pour écrire cet article, pour les courageux qui souhaitent aller plus loin, c’est un auteur que je trouve très clair et qui ne vulgarise pas trop non plus, on ne perd pas le propos de Lacan, Vanier tente surtout de le rendre accessible, et si on ne comprend pas tout c’est pas bien grave.

Aux étudiants en psycho : s’il vous plait, complétez avec d’autres sources que la mienne !

Pour ceux qui tombent ici par hasard et ne connaissent pas mes vidéos, je vous encourage à poursuivre avec :
Le narcissisme : https://youtu.be/KvmMUJuOVvk
La métaphore paternelle : https://youtu.be/yTWJOJsLTbY
L’objet a : https://youtu.be/R5WrC9DQ-k8
L’objet regard : https://youtu.be/Hgh_MmyNC5E

 

A bientôt !

L’ennui sur RFI et le savoir de surcroît

Il y a quelques semaines, j’ai enregistré une émission sur RFI (émission entière ici) aux côté de Manon Bril (je pense que c’est un jeu de mots, sinon ses parents sont vraiment des petits filous) de la chaîne C’est une autre histoire et Léo Grasset de la chaîne Dirty Biology. Le thème de l’émission était « La vulgarisation des savoirs sur internet ». Et comment vous dire l’ennui profond que j’ai ressenti durant cette émission, que pourtant, j’étais en train d’enregistrer ! C’est quand même le comble. Le ton, un peu chiant. Le contenu, absolument pas novateur. Les questions, sur les partenariats, la communauté, la vision de Youtube par les médias et très vite le métier de youtubeur, avec en exemple Cyprien (qui, il faut le dire est un grand vulgarisateur de savoir, j’en ai perso rien à foutre mais je vois pas le rapport avec la choucroute), comment gagner de l’argent, est-ce qu’on est une caution intellectuelle sur YouTube par rapport  à d’autres qui pourraient dire n’importe quoi.

Je ne vais pas être de trop mauvaise foi. Je pense qu’en fait je n’avais rien à faire là. Cette émission ne rentrait pas du tout dans ma ligne éditoriale. Oui je suis diplômée, oui je suis reconnue par mes pairs, et alors ? Je raconte peut-être de la grosse merde ! Le blablabla sur avec qui on travaille. Y a-t-il une brèche pour le savoir, le savoir devient-il swagg ? …… Attention à la posture, ai-je envie de répondre… Est-ce que ce créneau plait? est porteur? en gros y a-t-il des clients ? Mets donc moi 5 étoiles, note-moi sinon je vais mourir de tristesse. (Voir l’épisode 1 de la saison 3 de Black Mirror, pour comprendre cette référence, série que par ailleurs je ne conseille pas vraiment, mais cet épisode vaut quand même le coup)

En fait, en sortant de là, je m’en suis voulu. Pas d’avoir accepté mais d’être entré dans le ton de l’émission, même si j’ai pu placer deux trois conneries. Il y a du boulot pour subvertir une place et une position. Le moule se rappelle à nous, la norme, la bien-séance, la politesse sociale et après tout la flatterie d’avoir été invitée. j’ai été débordée par la flatterie que cela m’a procuré. Ce putain d’ego ! Alors qu’au fond, à la plupart des questions, j’avais envie de répondre « sincèrement tes questions je m’en balance ». D’ailleurs à un moment l’animateur a noté que j’avais l’air accablé ahahah. Mais oui ! car je veux parler de l’accès au savoir, de problématiques autres dans notre société que de comment fonctionnent techniquement nos trois chaines YouTube, est-ce que vraiment les gens en ont quelque chose à foutre de savoir qu’on a des partenariats, du challenge qu’on s’est auto-lancé, de cette aventure incroyable qu’est la sphère YouTube, de combien on gagne et du nombre de commentaires qu’on reçoit ?

J’insiste sur le fait que c’est mon ressenti et qu’après tout je ne m’en prends qu’à moi-même. Je m’en veux parce que je me suis laissé prendre au jeu de perdre mon éthique à ce moment, au sens éthique du sujet, me suis sentie fausse, bonne élève, et ça bah, je peux pas en vouloir aux autres ! J’aimerais un jour avoir l’audace gainsbourgienne de répondre à côté de la plaque quand j’estime que ça ne sert pas mon message.

Je transmets ce qui peut se transmettre, qu’est-ce à dire ? pas grand chose. Le mot porte la trace du manque. Ca parle mais ça manque surtout !

Et… le savoir de surcroît (comme l’a si bien interprété une amie l’autre jour à propos de ce que j’essaie de faire sur ce putain de YouTube)

Sur ce. Très bonne soirée les gens !