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Scène de ménage entre le fantasme et les faits de société

Pour aller plus loin et ne pas en rester à cette vidéo qui reste légère, j’ai voulu amorcer un début de discussion sur la difficulté de considérer la violence symbolique d’un fait de société et ses rapports avec des fantasmes singuliers, pas toujours très raccords avec ce que chacun de nous, comme citoyens, souhaitons pour que le vivre-ensemble et l’entre-soi se passent au mieux. La psychanalyse c’est pas de la charité (j’ai rien contre la charité mais ça n’en est quand même pas), et donc ça a ce côté chiant qui vient interroger le sujet sur ce qu’il fabrique. Même si le psy a envie de dire « mais c’est qui ce gros con ou cette grosse conne avec qui vous trainez ? », il a plutôt intérêt à vous laisser dérouler le pourquoi du comment on en est arrivé à une situation pourrie. Ca ne veut pas dire que le psy ne prend jamais partie, même dans le cadre de l’analyse, mais si on commence à trop mélanger les fantasmes des uns et des autres, c’est comme sur instagram, trop de filtres et de contrastes, ça donne un truc tout caca boudin.

La grande question finalement est « est-ce la faute de la société dans laquelle je vis (avec toutes les idées et idéaux qu’elle véhicule) si ma vie c’est de la merde ? » BORDEL REPONDEZ-MOI !!

Le fantasme, les fantasmes, nos voiles intimes qui nous permettent de regarder le monde, ne sont pas tout rose et tout sympathique, empreints entièrement de bonne volonté et de gentillesse. Et d’ailleurs « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». Alors, pour ceux d’entre nous qui arrivent à ne pas se mettre dans de « beaux draps » comme on dit, on s’offusque, on se demande comment la violence est possible, comment on peut en arriver à harceler des gens, à leur faire du mal etc.

Que les choses soient très claires, dès le début de cet article, je ne cautionne rien de ce qui relèvent d’actes hors la loi ou de maltraitance quelle qu’elle soit. Une fois ce grand principe énoncé, que fait-on ? Je trouve cela formidable qu’on propose des numéros verts pour alerter des asso, l’Etat… de maltraitances qu’on subit dans l’intimité par exemple. Et pourtant on ne peut malheureusement pas expliquer simplement qu’une personne ait du mal à quitter un foyer violent, seulement avec les arguments du bourreau qui a de l’emprise sur sa victime. Dans ce cas là, c’est souvent une agression qui te tombe sur le coin de la gueule et la victime, si elle le peut, appelle tout de suite la police.

Si on prend ce que j’énonce dans ma vidéo, à savoir que la soumission et la passivité dans le fantasme de quelqu’un peuvent se concevoir épisodiquement, dans certains points de nos relations sociales ou amoureuses, au lit ou ailleurs ; on peut dès lors saisir que ce fantasme masochiste est peut-être très actif chez d’autres pour x ou y raisons. En aucun cas, je ne peux parler de « faute » ou « culpabiliser » quelqu’un qui resterait dans une situation malheureuse pour lui ou elle. Mais le temps psychique, le cheminement fantasmatique de lâcher une jouissance (qui n’est en aucun cas du plaisir ) est souvent, et c’est sans doute regrettable, plus long que ce que le corps peut supporter, et plus long surtout que ce que les autres voient d’une situation et qui se demandent légitimement : « mais qu’est ce que ce pote ou cette pote fout dans cette galère ! »

Ca c’était la partie la + évidente des maltraitances, par exemple, conjugales, les + difficiles à traiter car tellement intimes.

Venons-en à la maltraitance quotidienne des femmes qui subissent le « harcèlement de rue ». Encore une fois, difficile pour moi de me mettre du côté de certaines femmes actuelles qui dénoncent toute forme de drague de rue comme du harcèlement. Impossibilité également pour moi de me situer du côté de quelqu’un qui ferait subir une oppression sur un autre être humain. Donc je vais me situer de mon côté. J’adore qu’on vienne me parler dans la rue. J’aime que quelqu’un me dise que je suis jolie, qu’il ait l’air d’une racaille, d’un mec de chantier, d’un gentleman, d’un cadre sup, d’un rocker etc. Quand je m’habille, je pense toujours aux autres – et non si je mets une mini-jupe, ça ne veut en aucun cas dire que je veux me faire violer, ni me faire traiter de pute – mais j’ai conscience que je ne suis pas seule dans le monde dans lequel j’évolue, qu’il y aura sans doute des regards. Entre nous, je me fais aussi aborder quand je suis en jogging échevelée le dimanche à 10h du mat’. Et en fait un humain me parle et je lui réponds, je me sens le droit de lui dire « pas envie de parler » ou de lui sourire, ou de dire « bonjour » ou d’engager une conversation.

Que les choses soient encore claires, je ne prescris aucune façon de penser, je conçois que d’être abordée 5 fois dans la journée et alpaguée puisse relever pour certain(e)s du harcèlement, mais j’aimerais que ces personnes puissent concevoir que pour d’autres cela ne constitue pas du harcèlement. Pour ma part, la plupart du temps ce sont des non-évènements, parfois c’est chiant et très souvent ça m’est agréable et ça me donne le sourire dans ma journée, aussi bizarre que cela puisse paraitre. Mon scénario n’est pas + vrai que l’autre mais je l’aime bien. Bon, en gros oui j’aime qu’on me reluque le cul, mais poliment !

Et enfin, il y a ce film de François Ozon qui met si bien en exergue la question du fantasme en lien avec un sujet de société, ce film c’est Jeune et Jolie. L’histoire d’une gamine de 17 ans, qui vit dans les beaux quartiers, qui n’a aucun problème d’argent et qui pourtant décide d’expérimenter la prostitution. Pareil, je ne vais pas rentrer dans le débat de la prostitution, c’est un sujet complexe, avec beaucoup de strates et de perspectives si on prend en compte les réseaux de proxénétisme. Dans ce film, il n’est pas question de cela, le réalisateur semble plutôt interroger ce qu’il en est d’une pratique sexuelle dans laquelle la transaction d’argent a son importance, avec toute la dimension fantasmatique que cela recouvre que de se vendre, là où la jeune fille n’en a pas le besoin matériel. Cela interroge la transgression adolescente, le surgissement du sexuel, qu’est ce que je fais de mon corps et de ses pulsions, merde qu’est ce que je vais bien pouvoir en foutre ! Car c’est pas rien, un corps.

Et dans un autre style je vous conseille l’œuvre de Grisélidis Réal, peintre, écrivaine et prostituée qui rapporte avec ses mots son expérience singulière de la prostitution, c’est drôle, terriblement triste, et poétique, c’est humain.