Paranoïa et détricotage du sujet supposé savoir

« Semblant d’explication paranoïaque » sur la chaîne MetaMardiNoir, chaîne secondaire, chaîne signifiante de la première qui me permettra de proposer un contenu différent des classiques Psychanalyse-toi la face, que ce soit toujours sur un thème psychanalytique ou sur des divagations autres.

 

La semaine dernière, j’ai été invitée à l’université de Nanterre pour donner un cours sur la paranoïa à des étudiants en Licence 1. Genre le méga stress. Alors que je suis diplômée et que  je m’exerce à la synthèse de concepts sur le web depuis un an. D’ailleurs c’est drôle, il y a un an j’avais dit « ouais à la semaine prochaine pour une explication de la paranoïa » et puis j’avais disparu. Pour ceux qui ont manqué ce petit court-métrage il est ici !

Mais en fait ce qui est marrant, enfin marrant, je sais pas si c’est le bon mot, mais employons le à défaut d’un autre. Quand je m’y suis rendue, j’avais cette vague boule d’angoisse comme avant un exposé, quand tu sais que tu vas devoir parler à une petite assemblée. Peur de bafouiller, pire ! de vomir sur la table, encore pire ! de décompenser et se mettre à insulter tout l’auditoire, en hurlant des chansons qui n’existent que dans ma tête. Et … bref… Venons-en à ce qui est marrant : ce jour-là, dans ma vie de base, à côté de ce micro-évènement « donner un cours », il n’y avait pas grand chose à signaler, tout allait à peu près bien, voire j’étais même un peu heureuse, ce qui a tendance à accentuer l’aura qu’on dégage.

Etre dans une position de prof, donc de sujet supposé savoir, c’est déjà envoyer un peu du lourd pour un minot de 20 ans. Si t’ajoutes à ça, le fait que la meuf, en l’occurrence, ici, moi, est plutôt fraiche, alors là en tant qu’étudiant t’es juste en mode wah c’te classe la gonz’.

Et le lendemain, sans vous donner aucun détail de ma vie privée, m’est tombé dessus un truc tout pourri. Le genre de truc qui te fait morver dans ton lit et qui te fait dire p’tain la vie c’est d’la merde, j’emmerde tout le monde, puis t’façon je sers à rien, toutes les choses un peu sympa de tous les jours perdent du sens, et t’es là, à errer tel un zombi qui a conscience de sa condition de zombi, l’ENFER !

Ca m’a inspirée. J’avais enregistré au dictaphone le cours sans trop savoir si j’allais l’utiliser ni comment. Et puis pendant ces jours de lose intense, j’ai trouvé ironique cette posture de maître en contraste avec cet état désespéré chez moi. Alors, évidemment, on le sait que les profs, les psy, les médecins sont humains et blablabla mais tout de même, petit quand on croise sa maitresse à Prisunic en tenue du dimanche, échevelée, ça fait toujours un choc.

Qu’à cela ne tienne, j’ai eu envie de mettre en scène ce choc. Faire tomber le masque (même si j’ai pas pu m’empêcher de me maquiller ahahah)

 

BILAN

Voilà un peu plus d’un an que la chaîne Mardi Noir a vu le jour. Format vidéo pour aborder la psychanalyse et surtout, en premier lieu, me faire kiffer. Assumer enfin ma part de meuf qui veut se mettre en scène et être vue, voire reconnue. Et puis les mois passant, j’ai commencé à analyser ce que pouvait apporter cette chaîne YouTube dans le paysage des nombreuses vidéos postées chaque jour.

mardinoir

Lolilol un selfie

Il me semble, mais peut-être que je me trompe, que la communauté de la chaîne ne s’est pas rassemblé autour de moi (même si j’en rêve doucement le soir en m’endormant… je me dis y’a trop d’gens qui t’aiment *air connu*), peut-être parce que je délivre mon narcissisme à chaque vidéo, je ne m’en cache pas, j’adore ça. Dès lors, le narcissisme évacué « ouais ok elle se kiffe, on a compris », j’ai eu la sensation que d’une communauté on virait tous ensemble vers quelque chose qui relève plus de l’affinité. L’affinité pour certains avec une pratique, une discipline, la psychanalyse et pour d’autres (ceux et celles qui ni ne l’étudient ni ne l’exercent) une affinité avec le manque. Je m’explique.

En général, cela est formulé par « j’aime ton honnêteté », ou « ton naturel » ou « le fait que tu sois toi-même ». Je le formulerai autrement,  pour tenter de saisir ce qui se joue sur ce chemin qui s’élargit de jour en jour (tout lien avec la taille d’une bite en pleine forme est à la responsabilité de celui/celle qui fait ce lien). Je suis manquante, comme tout le monde. Et je tente de faire de l’embrouille que provoque ce manque… un jeu, une blague, un apprentissage. C’est pourquoi on ne trouve pas, sur Mardi Noir, de techniques, de conseils, pour se sortir de la merde, pour échapper au malaise culturel dans lequel on baigne, parce que tel truc n’est pas raccord avec notre désir ou notre pulsion. On ne trouve pas non plus une méthode méditative pour accepter cet état de fait. Non. En revanche, on s’autorise à rager et à s’encourager. A être ambivalent, à avoir des pensées obscures, à dédramatiser et à se responsabiliser.

Etre compliqué(e)(s) et ne surtout pas devenir simple, imperfections et transgressions for ever ! Toujours dans les limites de la Loi… Toi-même tu sais 😉

Le bilan c’est surtout MERCI à vous !