Le jour du Seigneur

Je dédicace cet article à la paroisse qui a grandement participé à faire de moi ce que je suis aujourd’hui.

Dimanche. Jour des lessives, des masques capillaires, et autre argile sur le visage. Mais surtout jour du Seigneur ! Ou pas.

Le masque de la foi

Le masque de la foi

Hier on m’a demandé mon rapport à la religion, dans le cadre d’un petit entretien. Et comme à chaque fois qu’on me pose cette question, j’ai un souvenir ému pour mes années d’enfance et d’adolescence durant lesquelles, et vous n’allez pas le croire, j’allais à la messe tous les dimanches. Cette énième évocation de ce parcours au catéchisme et à l’aumônerie m’a donné envie de partager mon ressenti vis à vis de la religion. C’est une question que je trouve difficile. J’ai le sentiment qu’en France, parler du religieux équivaut toujours à une caricature. Et dans les milieux laïcards (pas laïcs hein laïcards voire anti-religieux) ce n’est pas une mince affaire que de s’exprimer sur cette question là sans avoir des rires gras ou un regard empli à moitiés égales de pitié et d’incompréhension.

Si t’es catho t’es pédo, si t’es musulman t’es terroriste, si t’es juif euh t’es juif, t’es déjà une caricature à toi tout seul.

Je vais pas faire durer le suspense plus longtemps, je suis athée. C’est à dire que je ne crois pas en Dieu. Ce n’est pas pour autant que je n’ai pas d’histoire avec la religion. Et être athée c’est aussi un positionnement vis à vis de cela. Il me semble d’ailleurs qu’interroger son athéisme est aussi intéressant que d’interroger sa foi religieuse.

Mes parents ont eu une éducation religieuse, bien que scolarisés dans le public, ils allaient à l’église et suivaient des ateliers de catéchisme. Je crois qu’ils en ont gardé un bon souvenir. Et leur pratique religieuse s’est perpétuée de manière inégale durant l’âge adulte. Après pas mal de déménagements en France, les voilà installés à Paris, peu de temps avant ma naissance. Et la paroisse, il faut le dire, est un bon lieu de lien social quand on débarque dans une ville et qu’on aimerait rencontrer du monde (au même titre que les autres lieux de culte). Alors ils s’y investissent, surtout ma mère, et quand j’acquiers l’âge de suivre des ateliers j’y suis inscrite. Il faut l’avouer, de mes 3 ans à mes 11 ans (maternelle/primaire), j’en ai un peu rien à foutre, c’est la routine, le quotidien, ça ne me fait aucun mal (à part les bisous appuyés de Père A.) (ahah non Père A. n’est pas pédophile mais Père A. aurait peut-être dû se marier et faire des gosses plutôt que de nous démontrer un peu trop son affection… Ah que je n’aimais pas les bisous de ce prêtre ! je n’aimais pas non plus les chips périmées qu’il nous offrait,  c’est pas dans cette église qu’on aurait mangé de la grande bouffe luxueuse,  les prêtres y étaient missionnaires ( mode de vie très modeste et nomade ( la sédentarité ne dure que quelques années à chaque endroit )).

Regard rempli de foi / cierge phallus bien trop grand

Regard rempli de foi au baptème de ma cousine / cierge-phallus bien trop grand mais qui me rendait fièèèèère 😀

Et puis en 6ème, je découvre l’aumônerie (même paroisse mais autre lieu, destiné aux collégiens et lycéens). Enfin je la découvre de loin, parce que ça me saoule grave de participer au groupe hebdomadaire pour réfléchir à Jésus Christ. Comme je vous dis, j’en ai globalement rien à carrer. Mais j’ai entendu dire que l’aumônerie organise des week-end dans l’année et ça ! je veux y aller ! je sens le bon plan de potentielle éclate. Alors très inquiète je demande à l’aumônier si je peux venir aux week-ends sans venir au groupe hebdo, inquiète d’être obligée d’y participer, et Père M. me dit que bien sûr je viens à ce que je veux. Je découvre les week-ends, mes premières nuits blanches, les bataille d’eau, les jeux, les veillées, les promenades, et toujours la messe le dimanche, mais autant de rigolade vaut bien une heure de messe.

A partir de la 5ème je vais au groupe hebdo, je pose mes questions, je dis que je trouve ça un peu con les miracles et toutes les paillettes qui englobent les évangiles. On m’explique avec des mots beaucoup mieux appropriés ce qu’il y a dans les textes. Et surtout on m’enseigne la tolérance et l’amour du prochain. Bon alors ça évidemment, en tant que psychanalyste aujourd’hui je trouve que cela a ses limites, l’agressivité est aussi présente que la tendresse et l’une sous-tend souvent l’autre MAIS ce que j’ai appris surtout c’est quand même une forme de respect et d’écoute et de ne pas tomber dans les travers d’adolescent (que je vivais par ailleurs au collège/lycée) à se moquer, faire du mal en groupe à quelqu’un d’un peu fragile etc. Et j’ai beau chercher aussi loin que je veux là où j’aurais pu apprendre ça ailleurs et je vois pas. Pas à la danse classique (certainement pas même), pas au collège, pas dans la rue.

L’aumônerie est vite devenu un repaire et un repère, un véritable foyer, hyper sécurisant et en même temps hyper marrant : à partir du lycée c’est là que j’ai eu mes premières expériences alcoolisées, mes premiers joints, mes premières amours, mes premières fêtes all night long. J’y ai vécu des vacances délirantes, des randonnées d’une semaine sans sanitaire à se doucher avec des tuyaux d’arrosage en maillots de bain ou même tout nu pour les plus téméraires. J’y ai connu mes premières batailles de gauche, mes premiers anarchistes anti-religieux qui pouvaient quand même pas s’empêcher de venir squatter parce qu’on était trop bien dans les gros canap’ de l’aumônerie. J’y ai connu les premiers discours musulman et juif. En gros j’y ai connu l’art du débat politique, religieux, athée.

J’y ai connu un prêtre nietzschéen et un prêtre ancien footballeur de ligue 1.

J’y ai connu l’expérience de groupe la plus sympathique.

Donc, oui. Je suis athée. Mais je crois fondamentalement en l’expérience de la pratique religieuse, dans ce que cela peut apporter comme valeurs et comme plaisir surtout.

Et quand j’ai eu mon bac, j’ai cessé toute pratique et en cela je me dis que ces 15 ans étaient réussis, j’y ai appris plein de choses sans pour autant avoir le cerveau lavé.

 

 

3 commentaires

  1. Merci de nous faire partager ce vécu. Tu dis les choses très bien et chacun a son parcours, d’abord en fonction de la famille ou il nait, ensuite avec les valeurs qu’il acquiert, et ces valeurs viennent des parents et, de ce que j’appelle les cercles d’influence, la religion, ou plus exactement la pratique religieuse qu’on « inflige » à un enfant, est un de ces cercles auxquels s’accolent les autres groupes influents : la cour de récré, le club de sport, les adultes référents faisant partie de l’entourage (hors parents) ou autres ; la synthèse de tout ça, c’est ce que tu es à l’âge adulte et les « valeurs » (ce mots a besoin de guillemets tant il est galvaudé) que tu vas mettre en application quand tu vas faire tes choix de vie. Le respect et l’écoute, bon résumé, sont effectivement des socles que l’on doit trouver dans les cercles d’influence précités ; dans le cas contraire ……

  2. Oui en fin de toutes façons, toute la psychanalyse s’empale sur le Nom du Père que la Religion, comme l’affirme Lacan, nous a appris à invoquer. Je ne sais d’ailleurs trop par quel prodige de la Toile je me retrouve pris dans ces filets de réflexion, mais bon. Tant que j’y suis, je vais laisser un mot ou deux. De mon point de vue, il y a quelque chose d’étonnamment anachronique dans la perspective que tu ouvres avec tes vidéos psy. Lesquelles sont par ailleurs drôles, pertinentes, pleines d’esprit etc. Il y a ce truc inédit de Mehdi Belhaj Kacem balancé dans la droite ligne du Lacan qui balançait pas mal à Lacan-Tonade (quelque part entre Tonus et Tornade), balancé dans la tendance à faire passer sous le trait de l’ironie décalée la plupart de ses intuitions – et qui dit que la psychanalyse ne sera jamais tout compte fait qu’un simple chapitre dans l’histoire de la philosophie. Et on aurait tort de ne voir là que boutade. C’qui frappe à découvrir tes contenus c’est cette application à ouvrir au jugement des gens ce chapitre (dans le monde virtuel) alors même qu’il est en train de se clore (dans le monde réel)

    Le « Réel » (celui des catégories lancaniennes) « excède » le monde de la représentation. Il l’excède, au double sens du terme. 1) Il lui échappe, d’un sens, par le haut. 2) Il le met, littéralement, « hors de lui ».

    Face au Réel, le monde de la représentation s’emporte, tempête, s’agite en tous sens.

    L’Imaginaire, c’est le Corps. Le Réel, c’est le grand Autre. Le Symbolique, l’articulation des deux.

    Petit a met l’appareil sous tension.

    La psy est un métier comportant une dimension d’impossible disait pépé Freud. Qu’à cela ne tienne: l’analyste met l’Imaginaire en scène lui, en soufflant au corps le Symbolique, le signifiant de la structure.
    La psy forme à l’art de se mettre en scène.
    Or dans le contexte d’une scène sociale arraisonnée par une perception de plus en plus virtuelle du social, l’assomption subjective se trouve désormais liée à un régime d’identification qui carbure davantage au réel qu’au symbolique. Et qui suppose par là que la représentation de soi soit permanente.
    Le Réel est un concept topographique. Autrement dit, ce n’est pas un concept. C’est un lieu. Le Réel est la scène. (La métaphore théâtrale du plomb dans l’aile depuis Deleuze, mais c’est quand même pratique pour dire que le Réel c’est ce qui supporte le jeu à travers les âges)
    Le Réel c’est la scène. Dans une époque sans époque où le Réel prend la place du Symbolique au point de départ des processus de subjectivation, le divan peut mettre la clé sous le paillasson.
    Le texte n’est plus qu’une légende collé sur le bas-côté de l’image. Et l’image absorbe le corps propulsé avec le Réel. En prise directe. Le Symbolique est complètement largué sous ces espèces directrices. Le dire que tu dis drôle itou tout ce que tu veux moderne de ouf Mais secondaire. Mis à l’encan par le Réel – par ce qui donne lieu d’être au symbolique qui misère à s’y faire une place.
    Ton corps est le Réel à couper le souffle, support fantasmatique de la meuf drôle et cultivée dans un appart à Paris.
    Retire ce support, le Symbolique reste alors sans prise sur l’Imaginaire du monde…
    Raison de plus pour continuer..

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *