Archives de catégorie : psychanalyse

Attention Caca inside

On a tous un ami qui répartit méticuleusement les centimes de la note au bistrot tout en racontant son dernier achat à 400 balles. Je suis moi aussi cette amie à pas mal de moments. D’ailleurs j’ai un pot chez moi rempli de centimes et je prends un malin plaisir à y mettre mes micro-crottes-piécettes toute l’année jusqu’à l’instant où je me décide, une fois bien plein, de l’emporter à la banque. Même sans le terme « micro-crotte », je pense qu’on peut aisément reconnaitre le parallèle avec ce que Freud appelle « le caractère anal », ce qui n’a rien à voir avec le fait d’avoir une tête de cul.

                                                          Regardez-moi ce bel étron!

 

Dans la tête de Freud caca = argent = cadeau = enfant qui que pourquoi ? Parce qu’à un moment il va falloir s’en délester d’une manière ou d’une autre, sereinement, méthodiquement, dans la violence, les cris, les pleurs, la jubilation, bref peu importe, difficile d’y couper (c’est le cas de le dire, c’est pas facile de couper). Le caca c’est quand même le premier cadeau d’un enfant à ses parents : « oooh le beau caca, bravooo, tu es formidable » et lui de répondre : « au revoiiiiir cacaaaa ! ». Ce qui, rapidement, peut alors devenir une monnaie d’échange (constipation, devenir propre, le pot etc) et une source d’angoisse parentale.

Dans tous les cas, le caractère anal peut à la fois devenir maitrise absolue (rétention) ou au contraire gros lâchage (expulsion). Ces deux extrêmes peuvent parfaitement cohabiter, entrer en conflit… D’où l’achat compulsif par un homme d’une guitare électrique qui servira deux fois l’an (c’est du vécu, machin si tu passes par là, je t’aime toujours… non j’déconne). Mais quand il s’agit de faire les courses du quotidien ce même homme t’emmerde parce que, je cite :  « t’as acheté des yaourts « Les deux vaches » et que ça coûte plus cher que les yaourts « Yoplait » alors que tu comprends c’est quasiment pareil et on économise 78 centimes et que  78 centimes à chaque plein de course et bah ça compte ! Et d’ailleurs il est actuellement 10h45, c’est mon heure, je vais aux toilettes, peux-tu mettre de la musique pendant ce temps ? je reviens dans 21 minutes. » Oui il y a une minute pour faire brûler le papier d’arménie, hyper important le papier d’arménie pour certaines personnes. En fait les vraies princesses du caca ce sont les névrosés obsessionnels…

Tout ça pour dire que je trouve assez passionnant le rapport des gens à leur caca, entre ceux qui ont un horaire fixe et un temps assez long, qui finalement préparent la perte, l’encadrent, en font une sorte de rituel ; ceux qui y vont un peu n’importe quand quitte à y aller 4 fois dans la journée pour tout expulser et qui passent à chaque fois une minute trente dans les toilettes, en mode allez hop faisons presque comme si ça n’existait pas ; ceux qui n’y vont quasiment jamais et qui dès lors s’emmerdent l’existence au sens propre comme au figuré ( ça aussi c’est du vécu… hum… perso cette fois), qui conscientisent bien l’objet à perdre dans leur bide, voudraient le lâcher, en font une mission quotidienne qui échoue souvent lamentablement ou au contraire dénient complètement l’objet à expulser et se laissent prendre par une surprise très désagréable au bout de quelques jours (voire semaines) quand les intestins ont décidé que ça y est c’est maintenant. Ca en général ça fait mal …

Tout cela dit finalement pas mal de choses sur nos rapports à la perte, à la dépense et à la contrainte, celle imposée par le corps, imposée par l’Autre, la société et au final celle qu’on se fait subir à soi-même.

Morcellement

Le morcellement. Ca, c’est bien une notion qui m’a longtemps paru incongrue, ou plutôt j’avais dû mal à saisir cliniquement ou au travers de mon expérience de sujet, ce que ce terme recouvrait.

Parce qu’il faut bien le reconnaitre, pour la plupart d’entre nous, le vécu morcelé est un très lointain souvenir. Le leurre du miroir a opéré, enfant nous avons jubilé face à ce qu’on a reconnu comme nous-même, étayé d’autant plus par la parole d’un adulte qui a validé cette image comme étant la nôtre. Et même si je m’évertue à amener l’idée que la totalité et l’unification corporelle n’est qu’une identification à une image extérieure, on est bien content que cette illusion fonctionne !

Alors certes, il y a bien ces moments d’inquiétante étrangeté, ces moments fugaces de vérification que tous nos membres sont bien en place, ces instants de diffusion corporelle que peuvent provoquer certaines drogues ou certains états d’euphorie. Ce sont les témoins, les retours du refoulé d’un vécu éclaté.

 

 

Pour certaines personnes, notamment les personnes schizophrènes, il faut apprendre à vivre avec ce vécu et le rendre moins désorientant, moins angoissant. Récemment j’ai vu le documentaire « A ciel ouvert » de Mariana Otero, que je ne suis pas sure de conseiller par ailleurs. Sans rentrer dans les détails, j’ai trouvé que les protagonistes usaient et abusaient du jargon lacanien et le film a plusieurs longueurs qui ne rendent pas justice au propos. Cependant, il y a un moment passionnant où certains praticiens évoquent l’image que ces enfants psychotiques ont d’eux-mêmes. L’un raconte comment il a demandé à un jeune homme d’aller se laver en lui disant « lave-toi ». Celui-ci est allé dans la baignoire. Quelques instants plus tard, l’éducateur va vérifier où il en est, le jeune était resté immobile dans la baignoire. L’éducateur lui a alors dit qu’il pouvait commencer par les mains, le jeune homme a obéi, s’est lavé les mains et voilà, ce qui lui a permis  de comprendre à cet instant qu’il lui fallait énumérer toutes les parties du corps pour que cela prenne sens pour ce sujet. Le « toi » semblait ne renvoyer à rien. D’autres ont alors raconter que pour certains le « lave-toi » provoquait des gestes sur le devant du corps, de façon plane, comme si il n’y avait pas de prise en compte, et du volume du corps et de sa partie cachée. Une identification complètement collée à la surface pourrait-on supposer.

Dans l’image/photo que j’ai proposée, je voulais rendre compte de cette non-totalité, au delà même du morcellement. Si on regarde bien l’image, ce sont certes des pièces de puzzle mais elles sont non-emboitables, une façon de spécifier l’effort de rester entier par moment, que cette unification ne va pas de soi, qu’elle est une construction plus ou moins précaires suivant les sujets.

Dans la main se trouve l’objet a, duquel Lacan disait « l’objet a, le psychotique l’a dans la poche ». Pour rappel, l’objet a est une invention conceptuelle de Lacan qui se rapproche assez de ce que Freud appelait l’objet perdu. Ici c’est l’objet perdu du fait du langage. J’appelle Maman et elle n’est déjà plus là, du fait même que je l’appelle c’est prendre le risque de son absence. (J’ai pris maman ça pourrait être n’importe qui) Et cette absence est cause de notre désir.

Dans le vécu psychotique, le langage n’a pas provoqué cette perte de la même façon. L’objet a, le sujet s’y accroche, au risque que le langage ne l’attaque lui directement. Sur la photo on voit cette main qui s’accroche à l’objet, je garde l’objet même au risque de ma désintégration physique. C’est ce qui donne les signes dans la psychose, ces mots qui font office d’ordre, d’injonction, qui concernent le sujet et lui font se sentir porteur d’une mission, quand le délire est fortement installé. Comme l’objet est toujours là, dans la main, dans la poche, c’est le sujet entier qui peut se confondre avec l’objet, le poussant parfois à se faire objet, objet de jouissance, objet-déchet, objet de sacrifice etc. Ce n’est plus ce petit objet métaphorique qui a été mis en circulation, mais  bien le corps, dans son ensemble diffracté.

crédits photo : revetaphoto.com

Le schéma L de Lacan, rien que ça !

Voici la première image de la collaboration psychanalytico-photographique entre Reve ta photo et Mardi Noir. J’ai voulu, à ma manière, et avec l’aide esthétique du studio photo, représenter le schéma L, de Lacan. Le fameux schéma des premières années de séminaire, l’intersubjectivité selon son auteur et nous allons voir que ce n’est pas une mince affaire ! Cela dit, c’est par cette entrée que je suis tombée complètement sous le charme de la pensée lacanienne ! C’est un schéma qui n’apporte pas de réponse toute faite sur notre rapport au monde mais qui soulage à bien des égards et surtout qui ouvre à d’autres questions.

 

Je me suis permis d’ajouter des points théoriques de la pensée de Lacan qui chronologiquement arriveront plus tard, mais pourquoi s’en priver ?

Commençons par le Sujet, en haut à gauche du schéma. Représenté dans les premières années sans barre, il sera ensuite toujours écrit « $ », S barré, c’est le Sujet divisé. Pourquoi parler de division subjective ?

Premièrement si on se réfère à Freud et ses différentes topiques : Inconscient-Préconscient-Conscient puis Ça-Moi-Surmoi, on se rend compte que de définir le Sujet en le rapportant à différentes instances, c’est déjà montrer qu’il n’y a pas de totalité subjective, qu’il y a conflit au sein même du Sujet, il est donc divisé : dois-je manger ce gâteau au chocolat qui me ferait tant plaisir ou continuer mon régime pré-estival pour rentrer dans ce maillot de bain Sandro couleur sirène qui me tente tant ? Dilemme cornélien, on est d’accord.

Deuxièmement, le Sujet est divisé par le registre Symbolique (la culture, le langage), appelé le grand Autre (incarné en bas à droite de la photo). Le Sujet est fondé par l’Autre (d’où la flèche qui part de l’Autre vers le Sujet) et dans le même temps cette fondation signe sa division. C’est la partie aliénée du Sujet, pourtant fondamentale  pour advenir. La culture impose sa loi au Sujet qui s’y assujetti, les grands interdits étant l’inceste et le meurtre.

Pourquoi est-il divisé par le langage ? Le Sujet est sujet du signifiant (le signifiant étant l’image acoustique d’un mot, ça résonne… et non le concept, le signifié, qui… raisonne), et ce signifiant est lui même rattaché à un autre signifiant etc. Le signifiant n’est donc pas unique.
Par exemple : pendant mon enfance on m’appelait souvent « mon chat », ce « chat » est rattaché aux souvenirs des chats de la famille et de la charge affective attenante, je m’aliène donc à ce signifiant « chat ». Ce signifiant « chat » peut me renvoyer personnellement au chat que j’ai connu dans mon enfance, mais pour ma mère qui me donne ce nom, au départ « chat » lui renvoie à encore d’autres chats, que je n’ai pas connu. Il y a donc une multitude de chaînes signifiantes qui fondent le sujet. De plus en parlant de cela, je pense au chat de mon enfance et je repense à sa couleur, noire, ses yeux jaunes, les souvenirs autour de ces couleurs. La mort de ce chat quand j’ai douze ans me renvoie à des évènements qui s’y rattachent la même année etc. « Mon chat » n’est pas juste un concept (tout le monde sait ce qu’est un chat), c’est surtout tout un rappel de signifiants, la plupart d’entre eux étant refoulés au fin fond de mon inconscient.

Enfin, comme dit très justement un jour par un prof : quand on peut nommer, notamment souvent en premier « Maman » c’est un nom qu’on donne à la perte. Quand on parle, quelque chose se perd, et on a beau parler, on ne sait pas souvent bien ce qu’on raconte, ça parle, ça s’échappe, ça rend flou 🙂
L’objet perdu à ce moment est nommé par Lacan, « objet a » cause du désir. Ici représenté par la fleur à gaude du Sujet. Ce n’est pas tant un objet qu’on cherche, on dirait plutôt que sa perte fonde le désir, la recherche, et finalement plus on le cherche moins on le trouve et on continue de désirer.

 

Le schéma d’origine

 

Passons au grand Autre, lui aussi est barré ! Même si il n’est pas représenté comme tel sur le schéma d’origine, assez vite, Lacan parlera du grand Autre barré. C’est à dire que la culture, le langage, comme le Sujet, n’est pas totale. C’est pourquoi sur la photo, j’ai voulu représenter cet être drapeau qui perd son pantalon ! 😀 Pourquoi le langage est-il également barré ?

Et, bien de fait, si le langage n’est pas total, il se construit de signifiants en signifiants, de signifiés en signifiés. Pour le signifié, qui est le mot-concept, si je veux définir chat, je dois utiliser d’autres mots-concepts : mammifère, animal, poilu (etc) qui eux-mêmes sont définis avec encore d’autres mots etc.
De plus, ce grand Autre, n’est pas le président de la république, ni Dieu, ni la science mais nous pouvons par moment attribuer à ce genre de fonction cette qualification de grand Autre, comme finalement instance qui nous assujettit et nous castre. Dans la névrose, on va chercher à s’accommoder avec cette castration, on va se poser des questions, on va parler des heures de politique ou de religion etc, s’exalter, se déprimer. Si le président fait de la merde, on va se dire qu’il est con, qu’il fait n’importe quoi, qu’il pense à ses intérêts, m’enfin c’est souvent pour qu’il puisse lui-même se sauver les fesses quand ça chauffe.
Dans la psychose, et plus spécifiquement, dans la paranoïa, ce grand Autre n’est pas barré, il est tout puissant, on lui attribue des envies, des manipulations, il est incarné comme persécuteur, car il est le TOUT, il ne lui manque rien, donc ses actions sur les sujets sont forcément pour sa jouissance personnelle purement gratuite d’un monstre sans limite. On retrouve le père de la Horde de Totem et Tabou.
Si on en revient juste à la définition du grand Autre comme Langage, nous pourrions dire que le névrosé jouit du langage, utilise les mots pour tenter de résoudre bien maladroitement souvent sa question singulière. Dans la paranoïa, le Sujet est joui par le langage, les mots utilisent le Sujet, il se sent manipulé, ce qui le pousse à trouver une réponse logique, c’est souvent le délire.

Et enfin la diagonale imaginaire moi – petit autre souvent réduite ainsi : a – a’

C’est la diagonale du miroir, de l’expérience d’un moi du Sujet, en bas à gauche, vécu comme morcelé, notamment par le langage de l’Autre (d’où la flèche qui va de l’Autre vers le moi, sur le schéma). Par exemple, au tout petit, j’attrape son pied, et lui dis, c’est ton pied. Je lui parle, l’appelle de plusieurs signifiants, il y a découpe du Sujet. Bref ce Moi, qui ne s’est encore jamais reconnu dans l’image du miroir ou dans un petit autre qui lui ressemble (par exemple à la crèche, à l’école etc), se vit morcelé, et par les signifiants et par sa propre perception de lui-même, on ne se voit jamais tout seul comme unifié. Jusqu’au jour où le Moi du Sujet se voit dans ce petit autre et s’identifie de suite à cette image. Pourquoi la flèche sur le schéma, va du petit autre au Moi ? Parce qu’encore une fois, c’est par l’image que le Moi s’unifie, cette unification est extérieure. C’est un leurre, souvent à renouveler. Voir le plaisir du selfie, de se mater dans la glace, de regarder les autres dans le train etc. Si ce leurre est barré par la diagonale symbolique, comme sur le schéma, c’est un leurre qui peut avoir ses limites. Je me regarde dans le miroir, je m’enivre de mon image, puis j’en sors, je me dis « oh bizarre, agréable, désagréable, etc ». Si je n’ai pas la possibilité de limiter cette expérience, c’est encore là que la paranoïa peut advenir. L’image me parle personnellement à Moi.

 

J’espère vous avoir apporter quelques billes pour capter ce schéma de la mort hyper complexe ! Le petit livre de Alain Vanier Lacan m’a super bien aidée pour écrire cet article, pour les courageux qui souhaitent aller plus loin, c’est un auteur que je trouve très clair et qui ne vulgarise pas trop non plus, on ne perd pas le propos de Lacan, Vanier tente surtout de le rendre accessible, et si on ne comprend pas tout c’est pas bien grave.

Aux étudiants en psycho : s’il vous plait, complétez avec d’autres sources que la mienne !

Pour ceux qui tombent ici par hasard et ne connaissent pas mes vidéos, je vous encourage à poursuivre avec :
Le narcissisme : https://youtu.be/KvmMUJuOVvk
La métaphore paternelle : https://youtu.be/yTWJOJsLTbY
L’objet a : https://youtu.be/R5WrC9DQ-k8
L’objet regard : https://youtu.be/Hgh_MmyNC5E

 

A bientôt !

Scène de ménage entre le fantasme et les faits de société

Pour aller plus loin et ne pas en rester à cette vidéo qui reste légère, j’ai voulu amorcer un début de discussion sur la difficulté de considérer la violence symbolique d’un fait de société et ses rapports avec des fantasmes singuliers, pas toujours très raccords avec ce que chacun de nous, comme citoyens, souhaitons pour que le vivre-ensemble et l’entre-soi se passent au mieux. La psychanalyse c’est pas de la charité (j’ai rien contre la charité mais ça n’en est quand même pas), et donc ça a ce côté chiant qui vient interroger le sujet sur ce qu’il fabrique. Même si le psy a envie de dire « mais c’est qui ce gros con ou cette grosse conne avec qui vous trainez ? », il a plutôt intérêt à vous laisser dérouler le pourquoi du comment on en est arrivé à une situation pourrie. Ca ne veut pas dire que le psy ne prend jamais partie, même dans le cadre de l’analyse, mais si on commence à trop mélanger les fantasmes des uns et des autres, c’est comme sur instagram, trop de filtres et de contrastes, ça donne un truc tout caca boudin.

La grande question finalement est « est-ce la faute de la société dans laquelle je vis (avec toutes les idées et idéaux qu’elle véhicule) si ma vie c’est de la merde ? » BORDEL REPONDEZ-MOI !!

Le fantasme, les fantasmes, nos voiles intimes qui nous permettent de regarder le monde, ne sont pas tout rose et tout sympathique, empreints entièrement de bonne volonté et de gentillesse. Et d’ailleurs « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». Alors, pour ceux d’entre nous qui arrivent à ne pas se mettre dans de « beaux draps » comme on dit, on s’offusque, on se demande comment la violence est possible, comment on peut en arriver à harceler des gens, à leur faire du mal etc.

Que les choses soient très claires, dès le début de cet article, je ne cautionne rien de ce qui relèvent d’actes hors la loi ou de maltraitance quelle qu’elle soit. Une fois ce grand principe énoncé, que fait-on ? Je trouve cela formidable qu’on propose des numéros verts pour alerter des asso, l’Etat… de maltraitances qu’on subit dans l’intimité par exemple. Et pourtant on ne peut malheureusement pas expliquer simplement qu’une personne ait du mal à quitter un foyer violent, seulement avec les arguments du bourreau qui a de l’emprise sur sa victime. Dans ce cas là, c’est souvent une agression qui te tombe sur le coin de la gueule et la victime, si elle le peut, appelle tout de suite la police.

Si on prend ce que j’énonce dans ma vidéo, à savoir que la soumission et la passivité dans le fantasme de quelqu’un peuvent se concevoir épisodiquement, dans certains points de nos relations sociales ou amoureuses, au lit ou ailleurs ; on peut dès lors saisir que ce fantasme masochiste est peut-être très actif chez d’autres pour x ou y raisons. En aucun cas, je ne peux parler de « faute » ou « culpabiliser » quelqu’un qui resterait dans une situation malheureuse pour lui ou elle. Mais le temps psychique, le cheminement fantasmatique de lâcher une jouissance (qui n’est en aucun cas du plaisir ) est souvent, et c’est sans doute regrettable, plus long que ce que le corps peut supporter, et plus long surtout que ce que les autres voient d’une situation et qui se demandent légitimement : « mais qu’est ce que ce pote ou cette pote fout dans cette galère ! »

Ca c’était la partie la + évidente des maltraitances, par exemple, conjugales, les + difficiles à traiter car tellement intimes.

Venons-en à la maltraitance quotidienne des femmes qui subissent le « harcèlement de rue ». Encore une fois, difficile pour moi de me mettre du côté de certaines femmes actuelles qui dénoncent toute forme de drague de rue comme du harcèlement. Impossibilité également pour moi de me situer du côté de quelqu’un qui ferait subir une oppression sur un autre être humain. Donc je vais me situer de mon côté. J’adore qu’on vienne me parler dans la rue. J’aime que quelqu’un me dise que je suis jolie, qu’il ait l’air d’une racaille, d’un mec de chantier, d’un gentleman, d’un cadre sup, d’un rocker etc. Quand je m’habille, je pense toujours aux autres – et non si je mets une mini-jupe, ça ne veut en aucun cas dire que je veux me faire violer, ni me faire traiter de pute – mais j’ai conscience que je ne suis pas seule dans le monde dans lequel j’évolue, qu’il y aura sans doute des regards. Entre nous, je me fais aussi aborder quand je suis en jogging échevelée le dimanche à 10h du mat’. Et en fait un humain me parle et je lui réponds, je me sens le droit de lui dire « pas envie de parler » ou de lui sourire, ou de dire « bonjour » ou d’engager une conversation.

Que les choses soient encore claires, je ne prescris aucune façon de penser, je conçois que d’être abordée 5 fois dans la journée et alpaguée puisse relever pour certain(e)s du harcèlement, mais j’aimerais que ces personnes puissent concevoir que pour d’autres cela ne constitue pas du harcèlement. Pour ma part, la plupart du temps ce sont des non-évènements, parfois c’est chiant et très souvent ça m’est agréable et ça me donne le sourire dans ma journée, aussi bizarre que cela puisse paraitre. Mon scénario n’est pas + vrai que l’autre mais je l’aime bien. Bon, en gros oui j’aime qu’on me reluque le cul, mais poliment !

Et enfin, il y a ce film de François Ozon qui met si bien en exergue la question du fantasme en lien avec un sujet de société, ce film c’est Jeune et Jolie. L’histoire d’une gamine de 17 ans, qui vit dans les beaux quartiers, qui n’a aucun problème d’argent et qui pourtant décide d’expérimenter la prostitution. Pareil, je ne vais pas rentrer dans le débat de la prostitution, c’est un sujet complexe, avec beaucoup de strates et de perspectives si on prend en compte les réseaux de proxénétisme. Dans ce film, il n’est pas question de cela, le réalisateur semble plutôt interroger ce qu’il en est d’une pratique sexuelle dans laquelle la transaction d’argent a son importance, avec toute la dimension fantasmatique que cela recouvre que de se vendre, là où la jeune fille n’en a pas le besoin matériel. Cela interroge la transgression adolescente, le surgissement du sexuel, qu’est ce que je fais de mon corps et de ses pulsions, merde qu’est ce que je vais bien pouvoir en foutre ! Car c’est pas rien, un corps.

Et dans un autre style je vous conseille l’œuvre de Grisélidis Réal, peintre, écrivaine et prostituée qui rapporte avec ses mots son expérience singulière de la prostitution, c’est drôle, terriblement triste, et poétique, c’est humain.

Paranoïa et détricotage du sujet supposé savoir

« Semblant d’explication paranoïaque » sur la chaîne MetaMardiNoir, chaîne secondaire, chaîne signifiante de la première qui me permettra de proposer un contenu différent des classiques Psychanalyse-toi la face, que ce soit toujours sur un thème psychanalytique ou sur des divagations autres.

 

La semaine dernière, j’ai été invitée à l’université de Nanterre pour donner un cours sur la paranoïa à des étudiants en Licence 1. Genre le méga stress. Alors que je suis diplômée et que  je m’exerce à la synthèse de concepts sur le web depuis un an. D’ailleurs c’est drôle, il y a un an j’avais dit « ouais à la semaine prochaine pour une explication de la paranoïa » et puis j’avais disparu. Pour ceux qui ont manqué ce petit court-métrage il est ici !

Mais en fait ce qui est marrant, enfin marrant, je sais pas si c’est le bon mot, mais employons le à défaut d’un autre. Quand je m’y suis rendue, j’avais cette vague boule d’angoisse comme avant un exposé, quand tu sais que tu vas devoir parler à une petite assemblée. Peur de bafouiller, pire ! de vomir sur la table, encore pire ! de décompenser et se mettre à insulter tout l’auditoire, en hurlant des chansons qui n’existent que dans ma tête. Et … bref… Venons-en à ce qui est marrant : ce jour-là, dans ma vie de base, à côté de ce micro-évènement « donner un cours », il n’y avait pas grand chose à signaler, tout allait à peu près bien, voire j’étais même un peu heureuse, ce qui a tendance à accentuer l’aura qu’on dégage.

Etre dans une position de prof, donc de sujet supposé savoir, c’est déjà envoyer un peu du lourd pour un minot de 20 ans. Si t’ajoutes à ça, le fait que la meuf, en l’occurrence, ici, moi, est plutôt fraiche, alors là en tant qu’étudiant t’es juste en mode wah c’te classe la gonz’.

Et le lendemain, sans vous donner aucun détail de ma vie privée, m’est tombé dessus un truc tout pourri. Le genre de truc qui te fait morver dans ton lit et qui te fait dire p’tain la vie c’est d’la merde, j’emmerde tout le monde, puis t’façon je sers à rien, toutes les choses un peu sympa de tous les jours perdent du sens, et t’es là, à errer tel un zombi qui a conscience de sa condition de zombi, l’ENFER !

Ca m’a inspirée. J’avais enregistré au dictaphone le cours sans trop savoir si j’allais l’utiliser ni comment. Et puis pendant ces jours de lose intense, j’ai trouvé ironique cette posture de maître en contraste avec cet état désespéré chez moi. Alors, évidemment, on le sait que les profs, les psy, les médecins sont humains et blablabla mais tout de même, petit quand on croise sa maitresse à Prisunic en tenue du dimanche, échevelée, ça fait toujours un choc.

Qu’à cela ne tienne, j’ai eu envie de mettre en scène ce choc. Faire tomber le masque (même si j’ai pas pu m’empêcher de me maquiller ahahah)