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The Jinx – La vie et les morts de Robert Durst

Robert Durst entre, pour moi, au palmarès des cas cliniques qui mériteraient d’être bien plus célèbres ! Une notoriété un peu sale, certes, mais tellement intéressante…

Pour ce qui est de la série en elle-même, c’est la numéro 1 de mon année 2016.

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The Jinx, en français « le porte-poisse », est une série documentaire de 6 épisodes, distribuée par HBO en 2015 et réalisée par Andrew Jarecki. C’est une sorte de Faites entrer l’accusé littéral et bien plus fou. Parce que il ne s’agit pas d’un simple documentaire, ce n’est pas seulement le film d’un objet ; le réalisateur est impliqué au delà de son rôle, c’est aussi le film d’une rencontre. Simplement voilà, cela n’a rien de mielleux ou de je ne sais quoi, blablabla, c’est une rencontre entre le sujet et l’objet, non ! Je ne sais pas comment vous décrire cela sans trop vous en révéler. Mais pour user d’une métaphore, mettons que je suis une souris (= A. Jarecki le réal) et que j’adore le gruyère (= Bob Durst), alors j’en mange un peu de temps en temps, et un jour, un gruyère se met à émettre un fumet très attirant, je m’en approche et je tombe sur une montagne de gruyère, et je ne peux plus reculer, le fumet embaume jusqu’à une quasi hypnose, alors je commence à manger en sachant pertinemment que je me dirige sans doute vers des problèmes futurs, indigestion, obésité, cholestérol…

Donc en gros Jarecki s’est intéressé à Robert Durst bien avant 2015, il a réalisé un film fiction All good things avec Ryan Gosling et Kirsten Dunst qui reprend une enquête sur la disparition mystérieuse de la femme de Bob Durst. Disparition pour laquelle Bob n’a jamais été inquiété mais fortement soupçonné par tout l’entourage amical et familial, évidemment… Quand un ou une conjoint(e) se volatilise et ne donne plus jamais signe de vie, on ne peut s’empêcher de se demander comment fonctionnait le couple, étaient-ils heureux ? Et puis dans ce genre d’affaire c’est souvent la personne la plus proche qui est susceptible d’être coupable. Pas besoin de chercher midi à quatorze heures.

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Bob Durst par ailleurs, est l’un des héritiers d’une fortune immobilière de New-York. Il a une tête bizarre, entre le petit animal fragile et le monstre inquiétant. On ne sait pas à qui on a affaire. Et rien n’a jamais prouvé que Bob était un malade sanguinaire, il est surtout ce genre d’homme qui vit des choses pas drôles. C’est sur cette base que Jarecki lui a toujours laissé le bénéfice du doute, sans doute fasciné par le côté tout pourrait dire que c’est lui mais en fait peut-être pas.

Sauf que…

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Et c’est là que ça devient passionnant. Durst a vu le film All good things et l’a jugé tout à fait pertinent et se demande si Jarecki ne serait pas intéressé pour l’interviewer, car après tout, Durst n’a jamais communiqué sur ce qu’on lui reproche et il a refusé toutes les propositions d’interviewes. Cette fois c’est différent, la demande émane de Bob et c’est trop beau pour Jarecki, quelle aubaine, l’objet de fascination qui appelle de lui-même à être mis en documentaire. Reste à savoir qui sera le gruyère et qui sera la souris. Dans les deux cas, ce qui nous attend, nous spectateurs, c’est la mise en scène d’une indigestion. Qui en sera la victime ?

Le trailer en dit trop je trouve, je vous ai mis le superbe générique

ATTENTION SPOIL :  A LIRE SI VOUS AVEZ VU LE DOC OU SI VOUS ETES SURS DE NE PAS VOULOIR LE VOIR OU ENCORE SI VOUS AIMEZ REGARDER QUELQUE CHOSE EN SACHANT A L’AVANCE TOUT CE QUI VA SE PASSER !

Est-on d’accord pour dire que Bobby est méga flippant ? Se dégage de ce mec une impression inédite. Ca m’a évoqué ce qu’on apprend théoriquement sur la perversion en cours mais dont on ne voit que de petits traits en clinique, puisque le « vrai » pervers, s’il existe, se rencontre peu cliniquement, pas besoin de s’encombrer d’un psy. Ce documentaire est selon moi, un véritable cadeau. On écoute, on enquête, on est avec Jarecki, assis à côté de lui à essayer de déblayer le vrai du faux du discours de Bob.

J’ai vu cette série deux fois. Et les deux fois j’ai eu envie de croire Bob, malgré ses tics, malgré le fait que tout ( et tous ) était contre lui, malgré sa fuite, son travestissement en femme muette, son manque d’empathie, sa froideur animée de micro-sourires grimaçants. Je pense que ce mec a un talent fou de suggestion, quasi d’hypnotiseur, de naïveté faussement contrôlée, et ces traits de personnalité séduisent certains interlocuteurs alors même qu’ils tentent de s’en défendre. C’est déroutant. Ce mec est déroutant. Sa syntaxe est incroyable, remplie de négations, dénégations, dénis, tournures de phrase alambiquées.

Et puis ce procès pour le meurtre du voisin, où finalement c’est la légitime défense qui l’emporte et qui explique le fait qu’il ait réussi à découper et plonger le voisin dans l’océan… C’est magistral. Tour de maître de la perversion, défiant la Loi à la manière d’un jusqu’auboutiste sidérant ; passant du vol de sandwiches dans une épicerie alors qu’il est en cavale et blindé aux as, au fait même de participer à ce documentaire.

Enfin, à l’épisode 3, Bob parle tout seul, alors que l’interview est finie. Il a toujours son micro. On l’entend. Et l’une des personne du tournage, dans un élan d’éthique et de professionnalisme, vient le prévenir. C’est ce passage qui pour moi justifie toute la folie de la dernière scène. Sans ce passage de l’épisode 3, je pense que cela aurait presque pu m’attendrir. Ce type qui, parlant tout haut, passe aux aveux pendant qu’il est aux toilettes, sans se douter qu’il est écouté. Mais là, je me dis que c’est l’ultime perversion de Bob, un dernier défi « je sais qu’ils m’écoutent, je vais dire que je les ai tués ». Et bizarrement, je trouve que ces aveux ne valent pas grand chose (même si je doute très fort de son innocence), en revanche Bob a ce don pour angoisser ses interlocuteurs et spectateurs, et c’est là que se déploie selon moi, l’immensité du trait pervers, je suis là mais pas tout à fait, je vais parler tout haut et faire mine que oops je savais pas et finalement devoir se justifier encore devant les tribunaux et continuer de jouer. Voir où tout cela peut mener.

Le seul moment de faiblesse de Bob réside dans la surprise au moment où Jarecki lui montre une preuve quasi irréfutable de sa culpabilité. Il ne s’y attend pas. Il rote. Ce soubresaut vient en écho de ses tics à l’oeil, qui eux me semblent pourtant contrôlés. Mais ce rot. Il y a quelque chose d’un cartoon dans ce rot. Gloups. Je suis fichu. C’est finalement une fraction de seconde de reconnaissance de sa castration symbolique sur 6 heures de documentaire.

Avez-vous vu The Jinx ? Qu’en pensez-vous ?

Scène de ménage entre le fantasme et les faits de société

Pour aller plus loin et ne pas en rester à cette vidéo qui reste légère, j’ai voulu amorcer un début de discussion sur la difficulté de considérer la violence symbolique d’un fait de société et ses rapports avec des fantasmes singuliers, pas toujours très raccords avec ce que chacun de nous, comme citoyens, souhaitons pour que le vivre-ensemble et l’entre-soi se passent au mieux. La psychanalyse c’est pas de la charité (j’ai rien contre la charité mais ça n’en est quand même pas), et donc ça a ce côté chiant qui vient interroger le sujet sur ce qu’il fabrique. Même si le psy a envie de dire « mais c’est qui ce gros con ou cette grosse conne avec qui vous trainez ? », il a plutôt intérêt à vous laisser dérouler le pourquoi du comment on en est arrivé à une situation pourrie. Ca ne veut pas dire que le psy ne prend jamais partie, même dans le cadre de l’analyse, mais si on commence à trop mélanger les fantasmes des uns et des autres, c’est comme sur instagram, trop de filtres et de contrastes, ça donne un truc tout caca boudin.

La grande question finalement est « est-ce la faute de la société dans laquelle je vis (avec toutes les idées et idéaux qu’elle véhicule) si ma vie c’est de la merde ? » BORDEL REPONDEZ-MOI !!

Le fantasme, les fantasmes, nos voiles intimes qui nous permettent de regarder le monde, ne sont pas tout rose et tout sympathique, empreints entièrement de bonne volonté et de gentillesse. Et d’ailleurs « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». Alors, pour ceux d’entre nous qui arrivent à ne pas se mettre dans de « beaux draps » comme on dit, on s’offusque, on se demande comment la violence est possible, comment on peut en arriver à harceler des gens, à leur faire du mal etc.

Que les choses soient très claires, dès le début de cet article, je ne cautionne rien de ce qui relèvent d’actes hors la loi ou de maltraitance quelle qu’elle soit. Une fois ce grand principe énoncé, que fait-on ? Je trouve cela formidable qu’on propose des numéros verts pour alerter des asso, l’Etat… de maltraitances qu’on subit dans l’intimité par exemple. Et pourtant on ne peut malheureusement pas expliquer simplement qu’une personne ait du mal à quitter un foyer violent, seulement avec les arguments du bourreau qui a de l’emprise sur sa victime. Dans ce cas là, c’est souvent une agression qui te tombe sur le coin de la gueule et la victime, si elle le peut, appelle tout de suite la police.

Si on prend ce que j’énonce dans ma vidéo, à savoir que la soumission et la passivité dans le fantasme de quelqu’un peuvent se concevoir épisodiquement, dans certains points de nos relations sociales ou amoureuses, au lit ou ailleurs ; on peut dès lors saisir que ce fantasme masochiste est peut-être très actif chez d’autres pour x ou y raisons. En aucun cas, je ne peux parler de « faute » ou « culpabiliser » quelqu’un qui resterait dans une situation malheureuse pour lui ou elle. Mais le temps psychique, le cheminement fantasmatique de lâcher une jouissance (qui n’est en aucun cas du plaisir ) est souvent, et c’est sans doute regrettable, plus long que ce que le corps peut supporter, et plus long surtout que ce que les autres voient d’une situation et qui se demandent légitimement : « mais qu’est ce que ce pote ou cette pote fout dans cette galère ! »

Ca c’était la partie la + évidente des maltraitances, par exemple, conjugales, les + difficiles à traiter car tellement intimes.

Venons-en à la maltraitance quotidienne des femmes qui subissent le « harcèlement de rue ». Encore une fois, difficile pour moi de me mettre du côté de certaines femmes actuelles qui dénoncent toute forme de drague de rue comme du harcèlement. Impossibilité également pour moi de me situer du côté de quelqu’un qui ferait subir une oppression sur un autre être humain. Donc je vais me situer de mon côté. J’adore qu’on vienne me parler dans la rue. J’aime que quelqu’un me dise que je suis jolie, qu’il ait l’air d’une racaille, d’un mec de chantier, d’un gentleman, d’un cadre sup, d’un rocker etc. Quand je m’habille, je pense toujours aux autres – et non si je mets une mini-jupe, ça ne veut en aucun cas dire que je veux me faire violer, ni me faire traiter de pute – mais j’ai conscience que je ne suis pas seule dans le monde dans lequel j’évolue, qu’il y aura sans doute des regards. Entre nous, je me fais aussi aborder quand je suis en jogging échevelée le dimanche à 10h du mat’. Et en fait un humain me parle et je lui réponds, je me sens le droit de lui dire « pas envie de parler » ou de lui sourire, ou de dire « bonjour » ou d’engager une conversation.

Que les choses soient encore claires, je ne prescris aucune façon de penser, je conçois que d’être abordée 5 fois dans la journée et alpaguée puisse relever pour certain(e)s du harcèlement, mais j’aimerais que ces personnes puissent concevoir que pour d’autres cela ne constitue pas du harcèlement. Pour ma part, la plupart du temps ce sont des non-évènements, parfois c’est chiant et très souvent ça m’est agréable et ça me donne le sourire dans ma journée, aussi bizarre que cela puisse paraitre. Mon scénario n’est pas + vrai que l’autre mais je l’aime bien. Bon, en gros oui j’aime qu’on me reluque le cul, mais poliment !

Et enfin, il y a ce film de François Ozon qui met si bien en exergue la question du fantasme en lien avec un sujet de société, ce film c’est Jeune et Jolie. L’histoire d’une gamine de 17 ans, qui vit dans les beaux quartiers, qui n’a aucun problème d’argent et qui pourtant décide d’expérimenter la prostitution. Pareil, je ne vais pas rentrer dans le débat de la prostitution, c’est un sujet complexe, avec beaucoup de strates et de perspectives si on prend en compte les réseaux de proxénétisme. Dans ce film, il n’est pas question de cela, le réalisateur semble plutôt interroger ce qu’il en est d’une pratique sexuelle dans laquelle la transaction d’argent a son importance, avec toute la dimension fantasmatique que cela recouvre que de se vendre, là où la jeune fille n’en a pas le besoin matériel. Cela interroge la transgression adolescente, le surgissement du sexuel, qu’est ce que je fais de mon corps et de ses pulsions, merde qu’est ce que je vais bien pouvoir en foutre ! Car c’est pas rien, un corps.

Et dans un autre style je vous conseille l’œuvre de Grisélidis Réal, peintre, écrivaine et prostituée qui rapporte avec ses mots son expérience singulière de la prostitution, c’est drôle, terriblement triste, et poétique, c’est humain.

L’ennui sur RFI et le savoir de surcroît

Il y a quelques semaines, j’ai enregistré une émission sur RFI (émission entière ici) aux côté de Manon Bril (je pense que c’est un jeu de mots, sinon ses parents sont vraiment des petits filous) de la chaîne C’est une autre histoire et Léo Grasset de la chaîne Dirty Biology. Le thème de l’émission était « La vulgarisation des savoirs sur internet ». Et comment vous dire l’ennui profond que j’ai ressenti durant cette émission, que pourtant, j’étais en train d’enregistrer ! C’est quand même le comble. Le ton, un peu chiant. Le contenu, absolument pas novateur. Les questions, sur les partenariats, la communauté, la vision de Youtube par les médias et très vite le métier de youtubeur, avec en exemple Cyprien (qui, il faut le dire est un grand vulgarisateur de savoir, j’en ai perso rien à foutre mais je vois pas le rapport avec la choucroute), comment gagner de l’argent, est-ce qu’on est une caution intellectuelle sur YouTube par rapport  à d’autres qui pourraient dire n’importe quoi.

Je ne vais pas être de trop mauvaise foi. Je pense qu’en fait je n’avais rien à faire là. Cette émission ne rentrait pas du tout dans ma ligne éditoriale. Oui je suis diplômée, oui je suis reconnue par mes pairs, et alors ? Je raconte peut-être de la grosse merde ! Le blablabla sur avec qui on travaille. Y a-t-il une brèche pour le savoir, le savoir devient-il swagg ? …… Attention à la posture, ai-je envie de répondre… Est-ce que ce créneau plait? est porteur? en gros y a-t-il des clients ? Mets donc moi 5 étoiles, note-moi sinon je vais mourir de tristesse. (Voir l’épisode 1 de la saison 3 de Black Mirror, pour comprendre cette référence, série que par ailleurs je ne conseille pas vraiment, mais cet épisode vaut quand même le coup)

En fait, en sortant de là, je m’en suis voulu. Pas d’avoir accepté mais d’être entré dans le ton de l’émission, même si j’ai pu placer deux trois conneries. Il y a du boulot pour subvertir une place et une position. Le moule se rappelle à nous, la norme, la bien-séance, la politesse sociale et après tout la flatterie d’avoir été invitée. j’ai été débordée par la flatterie que cela m’a procuré. Ce putain d’ego ! Alors qu’au fond, à la plupart des questions, j’avais envie de répondre « sincèrement tes questions je m’en balance ». D’ailleurs à un moment l’animateur a noté que j’avais l’air accablé ahahah. Mais oui ! car je veux parler de l’accès au savoir, de problématiques autres dans notre société que de comment fonctionnent techniquement nos trois chaines YouTube, est-ce que vraiment les gens en ont quelque chose à foutre de savoir qu’on a des partenariats, du challenge qu’on s’est auto-lancé, de cette aventure incroyable qu’est la sphère YouTube, de combien on gagne et du nombre de commentaires qu’on reçoit ?

J’insiste sur le fait que c’est mon ressenti et qu’après tout je ne m’en prends qu’à moi-même. Je m’en veux parce que je me suis laissé prendre au jeu de perdre mon éthique à ce moment, au sens éthique du sujet, me suis sentie fausse, bonne élève, et ça bah, je peux pas en vouloir aux autres ! J’aimerais un jour avoir l’audace gainsbourgienne de répondre à côté de la plaque quand j’estime que ça ne sert pas mon message.

Je transmets ce qui peut se transmettre, qu’est-ce à dire ? pas grand chose. Le mot porte la trace du manque. Ca parle mais ça manque surtout !

Et… le savoir de surcroît (comme l’a si bien interprété une amie l’autre jour à propos de ce que j’essaie de faire sur ce putain de YouTube)

Sur ce. Très bonne soirée les gens !

Paranoïa et détricotage du sujet supposé savoir

« Semblant d’explication paranoïaque » sur la chaîne MetaMardiNoir, chaîne secondaire, chaîne signifiante de la première qui me permettra de proposer un contenu différent des classiques Psychanalyse-toi la face, que ce soit toujours sur un thème psychanalytique ou sur des divagations autres.

 

La semaine dernière, j’ai été invitée à l’université de Nanterre pour donner un cours sur la paranoïa à des étudiants en Licence 1. Genre le méga stress. Alors que je suis diplômée et que  je m’exerce à la synthèse de concepts sur le web depuis un an. D’ailleurs c’est drôle, il y a un an j’avais dit « ouais à la semaine prochaine pour une explication de la paranoïa » et puis j’avais disparu. Pour ceux qui ont manqué ce petit court-métrage il est ici !

Mais en fait ce qui est marrant, enfin marrant, je sais pas si c’est le bon mot, mais employons le à défaut d’un autre. Quand je m’y suis rendue, j’avais cette vague boule d’angoisse comme avant un exposé, quand tu sais que tu vas devoir parler à une petite assemblée. Peur de bafouiller, pire ! de vomir sur la table, encore pire ! de décompenser et se mettre à insulter tout l’auditoire, en hurlant des chansons qui n’existent que dans ma tête. Et … bref… Venons-en à ce qui est marrant : ce jour-là, dans ma vie de base, à côté de ce micro-évènement « donner un cours », il n’y avait pas grand chose à signaler, tout allait à peu près bien, voire j’étais même un peu heureuse, ce qui a tendance à accentuer l’aura qu’on dégage.

Etre dans une position de prof, donc de sujet supposé savoir, c’est déjà envoyer un peu du lourd pour un minot de 20 ans. Si t’ajoutes à ça, le fait que la meuf, en l’occurrence, ici, moi, est plutôt fraiche, alors là en tant qu’étudiant t’es juste en mode wah c’te classe la gonz’.

Et le lendemain, sans vous donner aucun détail de ma vie privée, m’est tombé dessus un truc tout pourri. Le genre de truc qui te fait morver dans ton lit et qui te fait dire p’tain la vie c’est d’la merde, j’emmerde tout le monde, puis t’façon je sers à rien, toutes les choses un peu sympa de tous les jours perdent du sens, et t’es là, à errer tel un zombi qui a conscience de sa condition de zombi, l’ENFER !

Ca m’a inspirée. J’avais enregistré au dictaphone le cours sans trop savoir si j’allais l’utiliser ni comment. Et puis pendant ces jours de lose intense, j’ai trouvé ironique cette posture de maître en contraste avec cet état désespéré chez moi. Alors, évidemment, on le sait que les profs, les psy, les médecins sont humains et blablabla mais tout de même, petit quand on croise sa maitresse à Prisunic en tenue du dimanche, échevelée, ça fait toujours un choc.

Qu’à cela ne tienne, j’ai eu envie de mettre en scène ce choc. Faire tomber le masque (même si j’ai pas pu m’empêcher de me maquiller ahahah)

 

BILAN

Voilà un peu plus d’un an que la chaîne Mardi Noir a vu le jour. Format vidéo pour aborder la psychanalyse et surtout, en premier lieu, me faire kiffer. Assumer enfin ma part de meuf qui veut se mettre en scène et être vue, voire reconnue. Et puis les mois passant, j’ai commencé à analyser ce que pouvait apporter cette chaîne YouTube dans le paysage des nombreuses vidéos postées chaque jour.

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Il me semble, mais peut-être que je me trompe, que la communauté de la chaîne ne s’est pas rassemblé autour de moi (même si j’en rêve doucement le soir en m’endormant… je me dis y’a trop d’gens qui t’aiment *air connu*), peut-être parce que je délivre mon narcissisme à chaque vidéo, je ne m’en cache pas, j’adore ça. Dès lors, le narcissisme évacué « ouais ok elle se kiffe, on a compris », j’ai eu la sensation que d’une communauté on virait tous ensemble vers quelque chose qui relève plus de l’affinité. L’affinité pour certains avec une pratique, une discipline, la psychanalyse et pour d’autres (ceux et celles qui ni ne l’étudient ni ne l’exercent) une affinité avec le manque. Je m’explique.

En général, cela est formulé par « j’aime ton honnêteté », ou « ton naturel » ou « le fait que tu sois toi-même ». Je le formulerai autrement,  pour tenter de saisir ce qui se joue sur ce chemin qui s’élargit de jour en jour (tout lien avec la taille d’une bite en pleine forme est à la responsabilité de celui/celle qui fait ce lien). Je suis manquante, comme tout le monde. Et je tente de faire de l’embrouille que provoque ce manque… un jeu, une blague, un apprentissage. C’est pourquoi on ne trouve pas, sur Mardi Noir, de techniques, de conseils, pour se sortir de la merde, pour échapper au malaise culturel dans lequel on baigne, parce que tel truc n’est pas raccord avec notre désir ou notre pulsion. On ne trouve pas non plus une méthode méditative pour accepter cet état de fait. Non. En revanche, on s’autorise à rager et à s’encourager. A être ambivalent, à avoir des pensées obscures, à dédramatiser et à se responsabiliser.

Etre compliqué(e)(s) et ne surtout pas devenir simple, imperfections et transgressions for ever ! Toujours dans les limites de la Loi… Toi-même tu sais 😉

Le bilan c’est surtout MERCI à vous !