Archives mensuelles : janvier 2017

Billet d’humeur #1 : Pas d’amour, pas d’argent et pas de forme, je ne suis pas Madame Soleil

Vous ai-je dit que je m’étais faite larguer comme une vieille chaussette (ça c’est pour le côté je veux susciter de la pitié, j’ai droit, c’est récent) il y a une quinzaine de jours ? Je crois que je le mentionne de manière très vague au début de ma dernière vidéo sur le tatouage… Mais je pense qu’il est peut-être temps de parler d’amour, d’amour raté en fait, plus précisément. Parce que c’est l’histoire de ma vie. Et j’ai beau avoir quatorze ans d’analyse derrière moi, je crois que j’ai mis le doigt enfin sur quelque chose et ce quelque chose ne me rassure pas des masses : je suis dépendante et je ne vois pas vraiment l’intérêt de changer. Parce que ça ne me dérange pas, éthiquement, et philosophiquement, d’assumer l’idée que oui, j’ai besoin des autres, j’ai besoin d’un autre, j’ai aussi envie, j’ai le désir etc. Je ne me suffis pas. Du tout. Pourtant je me considère, dans la limite de l’inaliénation disponible, plutôt libre. Libre de penser, de m’exprimer, de fréquenter qui je veux, de m’habiller comme je le souhaite, bref, cette liberté m’est extrêmement chère et pour rien au monde je ne veux d’un partenaire qui restreint cette liberté. Et What The Fuck ! C’est quand j’aime et que je suis aimée, que je me ressens la plus libre, bizarrement c’est via cette dépendance que je vis bien la solitude, être seule en présence de l’autre comme dirait Winnicott.

Je rayonne.

 

 

Alors ok. Non parce que on m’a expliqué que c’était mal d’être dépendante, la société me dit que je suis pas une femme accomplie si je dis que j’ai besoin d’un homme (mon cas très hétérocentré mais je pense que ça vaut pour tous les gens qui s’assument dépendants). Je conçois tout à fait l’indépendance de certains et grand bien leur fasse. Moi je rêve d’un petit logis provincial avec mon chéri, vivre sans de grands moyens, je n’ai pas une ambition professionnelle folle, en revanche j’aime la fibre artistique, la mienne et celle de l’autre. Peut-être. Non. Sûrement. C’est pour ça que je ne sors qu’avec des artistes.

Je trouve par ailleurs que la vie est bien plus douce à deux, et à plusieurs, entre couples et entre amis, en famille. La chaleur. Se tenir chaud, comme l’a dit si justement un jour une de mes amies.

On va où avec de tels mots ? Aucune espèce d’idée. Même si au bout d’un moment le célibat redevient une forme affective tout à fait envisageable. Ce qui me perturbe, de façon extrêmement singulière, c’est le changement. Quand je donne ma confiance à quelqu’un, j’y suis à fond, je me donne. J’ai cette espèce de vision old school de l’effort dans le couple. J’ai la sensation que tout se dépasse et tout peut se régler. Quand j’aime c’est jamais à moitié. Et cela doit être effrayant pour l’autre.

Et aujourd’hui j’ai peur. Peur de rencontrer de nouveau quelqu’un. Peur de m’attacher. Peur de découvrir un nouveau corps, une nouvelle voix. Encore. S’y habituer. S’y plaire. Et devoir la quitter.

Le jour du Seigneur

Je dédicace cet article à la paroisse qui a grandement participé à faire de moi ce que je suis aujourd’hui.

Dimanche. Jour des lessives, des masques capillaires, et autre argile sur le visage. Mais surtout jour du Seigneur ! Ou pas.

Le masque de la foi

Le masque de la foi

Hier on m’a demandé mon rapport à la religion, dans le cadre d’un petit entretien. Et comme à chaque fois qu’on me pose cette question, j’ai un souvenir ému pour mes années d’enfance et d’adolescence durant lesquelles, et vous n’allez pas le croire, j’allais à la messe tous les dimanches. Cette énième évocation de ce parcours au catéchisme et à l’aumônerie m’a donné envie de partager mon ressenti vis à vis de la religion. C’est une question que je trouve difficile. J’ai le sentiment qu’en France, parler du religieux équivaut toujours à une caricature. Et dans les milieux laïcards (pas laïcs hein laïcards voire anti-religieux) ce n’est pas une mince affaire que de s’exprimer sur cette question là sans avoir des rires gras ou un regard empli à moitiés égales de pitié et d’incompréhension.

Si t’es catho t’es pédo, si t’es musulman t’es terroriste, si t’es juif euh t’es juif, t’es déjà une caricature à toi tout seul.

Je vais pas faire durer le suspense plus longtemps, je suis athée. C’est à dire que je ne crois pas en Dieu. Ce n’est pas pour autant que je n’ai pas d’histoire avec la religion. Et être athée c’est aussi un positionnement vis à vis de cela. Il me semble d’ailleurs qu’interroger son athéisme est aussi intéressant que d’interroger sa foi religieuse.

Mes parents ont eu une éducation religieuse, bien que scolarisés dans le public, ils allaient à l’église et suivaient des ateliers de catéchisme. Je crois qu’ils en ont gardé un bon souvenir. Et leur pratique religieuse s’est perpétuée de manière inégale durant l’âge adulte. Après pas mal de déménagements en France, les voilà installés à Paris, peu de temps avant ma naissance. Et la paroisse, il faut le dire, est un bon lieu de lien social quand on débarque dans une ville et qu’on aimerait rencontrer du monde (au même titre que les autres lieux de culte). Alors ils s’y investissent, surtout ma mère, et quand j’acquiers l’âge de suivre des ateliers j’y suis inscrite. Il faut l’avouer, de mes 3 ans à mes 11 ans (maternelle/primaire), j’en ai un peu rien à foutre, c’est la routine, le quotidien, ça ne me fait aucun mal (à part les bisous appuyés de Père A.) (ahah non Père A. n’est pas pédophile mais Père A. aurait peut-être dû se marier et faire des gosses plutôt que de nous démontrer un peu trop son affection… Ah que je n’aimais pas les bisous de ce prêtre ! je n’aimais pas non plus les chips périmées qu’il nous offrait,  c’est pas dans cette église qu’on aurait mangé de la grande bouffe luxueuse,  les prêtres y étaient missionnaires ( mode de vie très modeste et nomade ( la sédentarité ne dure que quelques années à chaque endroit )).

Regard rempli de foi / cierge phallus bien trop grand

Regard rempli de foi au baptème de ma cousine / cierge-phallus bien trop grand mais qui me rendait fièèèèère 😀

Et puis en 6ème, je découvre l’aumônerie (même paroisse mais autre lieu, destiné aux collégiens et lycéens). Enfin je la découvre de loin, parce que ça me saoule grave de participer au groupe hebdomadaire pour réfléchir à Jésus Christ. Comme je vous dis, j’en ai globalement rien à carrer. Mais j’ai entendu dire que l’aumônerie organise des week-end dans l’année et ça ! je veux y aller ! je sens le bon plan de potentielle éclate. Alors très inquiète je demande à l’aumônier si je peux venir aux week-ends sans venir au groupe hebdo, inquiète d’être obligée d’y participer, et Père M. me dit que bien sûr je viens à ce que je veux. Je découvre les week-ends, mes premières nuits blanches, les bataille d’eau, les jeux, les veillées, les promenades, et toujours la messe le dimanche, mais autant de rigolade vaut bien une heure de messe.

A partir de la 5ème je vais au groupe hebdo, je pose mes questions, je dis que je trouve ça un peu con les miracles et toutes les paillettes qui englobent les évangiles. On m’explique avec des mots beaucoup mieux appropriés ce qu’il y a dans les textes. Et surtout on m’enseigne la tolérance et l’amour du prochain. Bon alors ça évidemment, en tant que psychanalyste aujourd’hui je trouve que cela a ses limites, l’agressivité est aussi présente que la tendresse et l’une sous-tend souvent l’autre MAIS ce que j’ai appris surtout c’est quand même une forme de respect et d’écoute et de ne pas tomber dans les travers d’adolescent (que je vivais par ailleurs au collège/lycée) à se moquer, faire du mal en groupe à quelqu’un d’un peu fragile etc. Et j’ai beau chercher aussi loin que je veux là où j’aurais pu apprendre ça ailleurs et je vois pas. Pas à la danse classique (certainement pas même), pas au collège, pas dans la rue.

L’aumônerie est vite devenu un repaire et un repère, un véritable foyer, hyper sécurisant et en même temps hyper marrant : à partir du lycée c’est là que j’ai eu mes premières expériences alcoolisées, mes premiers joints, mes premières amours, mes premières fêtes all night long. J’y ai vécu des vacances délirantes, des randonnées d’une semaine sans sanitaire à se doucher avec des tuyaux d’arrosage en maillots de bain ou même tout nu pour les plus téméraires. J’y ai connu mes premières batailles de gauche, mes premiers anarchistes anti-religieux qui pouvaient quand même pas s’empêcher de venir squatter parce qu’on était trop bien dans les gros canap’ de l’aumônerie. J’y ai connu les premiers discours musulman et juif. En gros j’y ai connu l’art du débat politique, religieux, athée.

J’y ai connu un prêtre nietzschéen et un prêtre ancien footballeur de ligue 1.

J’y ai connu l’expérience de groupe la plus sympathique.

Donc, oui. Je suis athée. Mais je crois fondamentalement en l’expérience de la pratique religieuse, dans ce que cela peut apporter comme valeurs et comme plaisir surtout.

Et quand j’ai eu mon bac, j’ai cessé toute pratique et en cela je me dis que ces 15 ans étaient réussis, j’y ai appris plein de choses sans pour autant avoir le cerveau lavé.